Coup de foudre brutal pour le Havre

Le temps d’un week-end, je suis allée faire quelques chabadabada… au Havre. Architecturalement parlant, le Havre est plus intéressante que ses voisines très prisées par les parisiens bons chics bons genres. Le Havre a mis les mains dans le cambouis de l’Histoire, la formule n’est pas belle mais elle est bel et bien réelle, je vous l’accorde. Située à deux heures de Paris en train, cette ville portuaire fête cette année ses 500 ans. L’occasion toute trouvée pour visiter celle qui a fait son entrée au Patrimoine Mondiale de l'Unesco en 2005...

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Grande vadrouille. En balade dans cette cité portuaire, j’avais l’impression de m’être payé un aller-retour express pour Brasilia, les années 50 et Honfleur à la fois. Car après tout Le Havre partage la même mer qu’avec son élégante voisine d’en face, elle s’est elle aussi offert les services (FANTASTIQUES) du géniteur de Brasilia - l’architecte brutaliste Oscar Niemeyer - enfin il est plus que normal que de lui trouver des airs fifties : son centre ville a été construit après la Seconde Guerre Mondiale…ou devrais-je dire reconstruit.

 

Voilà tout l’intérêt de cette ville normande. Elle a beaucoup à nous raconter. J’ai déjà évoqué sur Marie Claire Maison les lieux emblématiques de la ville à découvrir IMPERATIVEMENT 10 lieux à visiter au Havre.

 

Coup de coeur brutal. Ici je vais me pencher sur ce qui m’a littéralement mis des PAILLETTES DANS LES YEUX. Outre l’église Saint-Joseph (qui vous ferait croire en Dieu tellement son architecture brutaliste semble tout droit sortie d’un songe), une plage de rêve et un volcan fantastique, Le Havre possède un appartement fifties pur jus. Vous allez me dire : "Qu’est ce qu’il y a de dingue à visiter un appartement au Havre ?". Réponse : 1/ cet appartement est le témoin d’une reconstruction pharaonique 2/ il se visite comme un musée 3/ si vous avez la (mauvaise) nostalgie de ces années-là vous serez captivé.

 

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Retour vers le passé. Les bombardements alliés ont détruit le cœur de la ville, soit 150 hectares. La reconstruction du Havre s’annonçait alors comme un chantier pharaonique. Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme confie cette mission à l’Atelier Perret. A sa tête : Auguste Perret, un architecte avant-gardiste, à l’origine entre autres du Théâtre des Champs-Elysées. Entouré d’une équipe de jeunes architectes, il se lance dans cette reconstruction surréaliste… dont il ne verra même pas la fin, puisqu’il décèdera en 1954 quand sa « cité idéale » ne sortira complètement de terre qu’en 1964. Entre temps, l’architecte aura déclenché la colère des Havrais. Si quelques villas Art Déco situés sur la ville haute sortirent indemnes des combats, tout le centre historique, soit 80 % de la ville, a disparu suite aux bombardements. Les Havrais auraient voulu récupérer leur ville d’antan telle quelle, mais « la cité idéale » de l’architecte ne jure que par le béton armé : un matériau moderne, économique et robuste. L’architecte va jouer les compromis pour faire accepter son projet gigantesque : les édifices emblématiques de la ville comme l’hôtel de ville ou l’église Saint-Joseph retrouvent leur place initiale. Côté logement, chaque havrais récupérera les m2 qu’il a perdu… en appartement.

 

L’Appartement témoin Perret est un modèle de ce qui a été fait à l'époque. Perret désirait offrir aux havrais des habitats fonctionnels, augmenter le confort et l'hygiène pour tous. Les appartements imaginés par l’architecte et son équipe devaient s’adapter aux personnes, aux familles. A la base de chaque logement, il y un système de colonne en béton qui permet d’être maillé au sol. L’ossature en béton armé imaginé par Perret est un vrai jeu de construction à grande échelle.

 

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Cet appartement type se visite sur rendez-vous (à la Maison du Patrimoine) accompagné d’un guide… et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on ne regrette pas ce petit voyage dans le temps d’une trentaine de minute environ. Cet appartement-musée nous plonge dans les années 50. Dès l’entrée, on est frappé par la lumière naturelle et la sensation de grandeur permise par la modularité de l’espace. Cette modularité est un des points fort d’Auguste Perret qui l’a rendue possible par le positionnement des gaines et le système poteau-poutre limitant la structure porteuse à la seule colonne de l’entrée. La pièce de vie est ainsi encerclée par des pièces plus intimes. L’espace peut changer à tout moment grâce à des portes coulissantes qui viennent notamment isoler le coin bureau ou la chambre d’enfant du salon.

 

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La cuisine n’a rien à voir avec les cuisines d’antan. Un vrai souhait de l’architecte qui désirait libérer la femme de « l’esclavage domestique » d’avant-guerre. Avant celle-ci s’activait derrière les fourneaux loin des regards du salon, et donc des regards masculins. L’architecte veut lui redonner sa place et la rendre visible. Madame s’activera donc dans une cuisine du dernier cri. L’ironie du sort c’est que les marques envahiront la pièce réservée à Madame, quitte à la ré-enfermer dans le rôle duquel Perret voulait la libérer. Vaisselle, electroménager, packaging : tout est d’époque. Cette cuisine d'un genre nouveau compile bien des astuces : une verrière amovible pour éviter que les mauvaises odeurs se répandent, des plinthes arrondies pour un entretien facilité, un vide-ordure intégré...

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Côté salon, impossible de ne pas être frappé par la modernité du mobilier, épuré de surcroit et fonctionnel évidemment. Impossible de ne pas fouiller les étagères de la bibliothèque ou jeter un œil aux magazines d’époque. Côté bureau, on se croirait bien inévitablement dans un épisode de Mad Men, mobilier classieux bureaux aux courbes scandinaves et machine à écrire Remington pour les plus fins connaisseurs. Adjacent au bureau, un couloir aménagé en mini dressing très discret apparaît : d’un côté une penderie de l’autre un miroir pour jeter un œil à sa tenue. Les vêtements sont évidemment d’époque. Ensuite on passe à la salle de bains et on saute dans le grand bain des fifties comme pour la cuisine : du packaging des savons au sèche-cheveux Babyliss en passant par le rasoir, tout nous rappelle un temps que seuls nos grands parents ont connu. Le guide explique que l’arrivée des baignoires dans de nombreux appartements était une véritable petite révolution. Idem pour l’arrivée des toilettes individuelles qui était digne d'un grand luxe pour l’époque.

 

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Quelques pas plus loin, c’est la chambre parentale ultra lumineuse qui s’ouvre à nous. Une chambre avec vue sur la cour de l’immeuble pour ne pas subir le bruit de la rue passante. Lit, table de chevet, chaises et armoire tout est d’époque. Mais au même titre que la salle de bains ou la cuisine, la chambre elle aussi évolue : elle se dote de placard encastrés et invisibles qui bientôt viendront totalement remplacer certaines pièces de mobilier. Même souci dans la chambre d'enfant qui fait la part belle à un mobilier épuré et fonctionnel, avec notamment un bureau mural et un lit tiroir et s'ouvre sur la cour de l'immeuble.

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La visite de l'appartement-musée s'achève. Et pour tout vous dire sur mes 48 heures au Havre c'était la cerise sur le gâteau. Une vraie confrontation à l'après-guerre et ses désirs de progrès et de fonctionnalité pour des habitats au service de leurs habitants.

>> Visite sur RENDEZ-VOUS auprès de la Maison du Patrimoine

 

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