Le Bauhaus ou l'art du collectif

A une époque où tout fout le camp, et le sens du collectif en priorité, une expo parisienne vient réenchanter nos vagues désirs de collectif et de progrès. L'expo en question puise son histoire du côté d'un pays frère ennemi devenu grand complice de l'Hexagone : l'Allemagne. Terre qui, entre deux guerres mondiales, a vu naître et vivre (d'une trop coure durée de vie, hélas) : le Bauhaus. Tour à tour, manifeste, mouvement artistique, école et référence incontournable dans l'histoire de l'art, le Bauhaus a imprimé le début du siècle de son incroyable et protéiforme créativité. Le musée des Arts Décoratifs lui rend hommage, à travers la réunion de quelques unes de ses créations mais surtout par l'exposition de cette pensée radicalement moderne et progressiste pour époque.

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Un exemple de la revue Bahaus

L'esprit du Bauhaus est né avec fougue en 1919 sous l'impulsion de l'architecte Walter Gropius et de son fameux manifeste. « Architectes, sculpteurs, peintres, tous nous devons retourner à l'artisanat ». Le ton est donné. Faire tomber les barrières entre les artistes et les artisans, entre l'art pour l'art et les arts appliqués, synthétiser tous les arts et toutes les compétences pour construire l'avenir, tels seraient les premiers fondements du Bauhaus à l'aube des années 20.

 

Dans une première partie l'exposition veille à transmettre cette beauté du collectif, comme jadis au temps des cathédrales quand chaque artisan se mettait au service de l'œuvre totale, de la construction de la cathédrale, cette période symbolisée en Angleterre par le mouvement Arts & Crafts. Par ce manifeste, Gropius appelle à construire « la cathédrale de l'avenir », faire table rase du passé et de son esthétisme daté pour basculer dans un art total au service de tous en investissant les champs d'expression les plus humbles comme ceux des objets de la vie quotidienne. Le mot d'ordre est clair : le Bauhaus sera total ou ne sera pas.

 

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Chaise "rouge bleu" de Gerrit Rietveld

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                       Des travaux sur les couleurs réalisés par les élèves de Vassily Kandinsky


Le mouvement s'installe à Weimar. A l'époque la ville disposait d'une histoire impeccable : capitale culturelle de l'Allemagne, ville de Goethe et du respectable classicisme allemand. Quelques années plus tard, elle sera l'abominable théâtre de la barbarie nazi, Hitler y sera élu et l'un des camps les plus malheureusement célèbres s'y installera (Buchenwald). C'est sur ces terres que le mouvement prend forme entre les murs d'une école d'enseignement artistique pas comme les autres. Ce n'est pas pour rien si le mouvement s'habille de ce patronyme un brin austère. Il se traduit par « maison de construction », l’œuvre sera donc toujours en train de se faire dans cette école à l'architecture complètement novatrice pour l'époque (angles droits et façades en verre, une architecture glaciale qu'on reprochera longtemps au mouvement). Sous cette architecture tournée vers des lendemains qu'on espère chantant, professeurs et élèves travaillent main dans la main provoquant choc des générations, des points de vues et des principes de création.

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Chaise Wassily par Marcel Breuer

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Tentant jour après jour de faire vivre la grandeur expérimentale même du Bauhaus. Ce désir d'expérimenter, de confronter les idées s'exposent de salle en salle au fil de l'exposition. Si bien sûr on retrouve quelques meubles cultes du mouvement, comme l’indétrônable fauteuil en tube d'acier, ce qui frappe profondément dans ce dédale c'est le pluralisme des activités au cœur de l'école. Tissage, poterie, typographie, couleur, papier peint, verre : les élèves développent leur palette artistique à travers de multiples supports. Accompagnés de maître prestigieux (Klee et Kandinsky entre autres), ils apprennent à créer pour tous des objets à la fois esthétiques et fonctionnels, peu à peu destinés à une production en série pour pouvoir entrer dans la vie quotidienne de chacun.

 

Le Bauhaus a œuvré collectivement pour épurer, améliorer les objets du quotidien comme l'architecture. Œuvre totale et collective dans un monde sur le point une nouvelle fois de se diviser, l’œuvre du Bauhaus apparaît à travers cette exposition comme colorée, vivante, humaniste et jamais endormie sur ses lauriers, jamais désireuse de devenir un courant artistique mais une école avant tout destinée à bousculer les codes. Au fil de ce dédale de salles, l'exposition des Arts Décoratifs pulvérise l'idée préconçue de la rigueur allemande de cette école, qu'on pense naïvement glaciale, austère et difficile d'accès, le principe même de la rigueur. Elle était jugée injustement ainsi dans mon esprit récalcitrant au premier abord. L'exposition répare cette opinion faussée par ce terme de rigueur. La rigueur du Bauhaus n'était qu'un moyen pour arriver à une oeuvre grande par tous ces cerveaux créateurs, par toutes ces tentatives, cette cohésion maîtres/ élèves, cette coexistence d'idées, de méthodes et de travaux à travers tous les arts. La rigueur de n'en mettre aucun de côté, de n'en dénigrer aucun pour construire des lendemains meilleurs. La dernière salle de l'exposition est une ultime preuve de la présence encore vivace de l'esthétique du Bauhaus dans les créations artistiques actuelles.

 

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